5 octobre 2022

Conseil municipal du 27 mai 2021 – Intervention de Mathilde REGNAUD : questions diverses au sujet de l’ASMB, du harcèlement et des violences sexuelles dans le sport

Monsieur le maire,

               A l’occasion de nos débats récents concernant l’ASBS, vous avez, vous et votre adjoint aux sports, beaucoup insisté sur l’importance décisive que vous accordiez aux comportements extra sportifs, au regard en particulier de la violence, et sur votre détermination à obtenir des dirigeants sportifs des clubs que la ville finance des comportements exemplaires sur ces questions. Or deux faits divers viennent ces derniers mois témoigner des dérives graves que connaît l’ASMB : une bagarre générale dans le club house, conduisant à une blessure très grave, et une affaire de harcèlements sexuels dans une des équipes féminines – à quoi s’ajoute un autre fait troublant : la perquisition récente dans les bureaux d’un joueur bien connu de l’ASMB, récemment recruté dans les services de la ville, placé en garde à vue ensuite, et je ne parle pas de tout ce qui remonte à la surface désormais, après que cette affaire est sortie dans la presse, notamment dans des témoignages qui interrogent.

               De ces affaires, c’est de celle du harcèlement sexuel que je veux parler ici : au contraire de la bagarre qui peut être un événement isolé difficile à prévoir, le harcèlement s’inscrit, lui, forcément dans la durée, et révèle par cette durée l’incapacité des dirigeants du club à prendre à temps les mesures nécessaires connues maintenant de l’ensemble du monde sportif pour mettre très rapidement un terme à ce type de violence. Dans le contexte du mouvement #Metoo, plus d’un an après les révélations de la patineuse Sarah Abitbol, les cas de violences sexuelles parfois très anciens sont signalés chaque mois, et début 2021, près de 400 situations étaient remontées à la cellule spécialisée mise en place par le ministère des sports. Cependant la question posée n’est pas seulement celle de la violence faite aux femmes dans le sport, mais de façon plus générale dans notre société. On sait que 53 % des femmes ont déjà été victimes de harcèlement ou de violences sexuelles, qu’il y a chaque année 210 000 femmes victimes de violence, sans même parler de celles qui sont tuées. Ces chiffres montrent la gravité d’une situation que vous semblez refuser de prendre en compte comme vous l’avez démontré lors des débats récents au conseil municipal et au conseil d’agglomération. Or on ne peut plus rester les bras croisés sur ces sujets.

               En raison de la limitation de mon temps de parole, je ne peux revenir ici sur les questions que nous vous avons posées, c’est Florian qui les détaillera ensuite.

La seule réponse que nous ayons obtenue, par voie de presse, est : « Dès que le président de l’ASMB a été informé des faits, il a mis fin aux fonctions de cet entraîneur. Les faits sont allés en justice et il y a eu condamnation. Il s’agit d’un fait individuel qui a été sanctionné. »

Il y a ici, clairement, un déni sur le côté « systémique » des violences sexuelles dans le sport. Vous parlez d’un « fait individuel », comme si cela n’était pas répandu et ne pouvait pas être anticipé, ou même mieux pris en charge par les instances du club. Ces positions illustrent bien à quel point la majorité municipale semble ne pas comprendre les enjeux, ou fait mine de ne pas les comprendre. Car la lutte contre les violences sexuelles doit être vue à deux niveaux :

  • Celui de la prévention en se dotant d’outils permettant d’éviter les actes de violences sexuelles.
  • celui de l’accompagnement lorsque les faits se sont malheureusement déjà déroulés

Concrètement : qu’allez-vous faire maintenant ? Il aurait sans doute fallu agir plus tôt, nous ne pourrons effacer les traumatismes que ces femmes et filles ont vécu, mais notre responsabilité maintenant est de faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Nous avons donc des propositions à faire à ce sujet.

A commencer par travailler à la libération de la parole, qui est un enjeu majeur. Elle est difficile, car peu de gens sont formés pour recueillir la parole des victimes. Or sans cela, rien ne se passe et l’omerta et la chape de plomb s’abattent sur les victimes. Les clubs doivent donc être en mesure de réagir immédiatement afin d’éviter que des comportements violents ne se répètent. Cellules d’écoute internes, formation des encadrants, lien avec les comités directeurs des structures, tous les niveaux des associations, doivent être alertés dans un délai court. Mais cela vaut aussi pour nous, élues et élus. Je l’ai proposé à la fois en CM et en CC, il existe des formations de prévention et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Cela n’a pas suscité de réaction, or ça semble pourtant plus nécessaire que jamais. Il me semble même utile désormais de généraliser ces formations à l’ensemble des dirigeantes et dirigeants de clubs sportifs.

Formation donc, mais aussi accompagnement et soutien. Car chacun sait que les associations spécialisées dans la formation aux gestes essentiels de lutte contre les violences sexuelles ont besoin de moyens financiers pour se déployer sur le terrain. Il en va de même de petites structures associatives vivotant sur subventions publiques. Le rôle de la ville est donc d’investir massivement dans la formation et dans le soutien aux associations particulièrement actives sur cette problématique. Peut-être même pourrions-nous lancer une labellisation des structures comme étant formées sur ces questions des violences sexuelles, afin que chacun s’y mette, mais aussi pour rassurer les parents dont beaucoup sont très choqués par ce qu’ils ont appris de l’ASMB.

C’est qu’une question de priorité et de volonté politiques. Il en va de notre capacité à lutter vraiment contre un fléau de notre société.