15 avril 2024

Billet d’humeur de Mathilde Regnaud

De quoi le champ républicain est-il le nom ?

Depuis quelques mois, un nouvel anathème est régulièrement lancé contre les élu.es de la gauche radicale, surtout s’ils appartiennent à la France insoumise, mais aussi plus généralement quand ils se réclament de la Nupes. Essayer de disqualifier quelqu’un qui n’a pas le même avis par des raccourcis réducteurs, des formules lapidaires et des attaques personnelles : ce n’est pas nouveau. Nous l’avons déjà largement connu, nous qui ces derniers mois étions pour la droite et l’extrême droite des « islamogauchistes » (le sénateur Perrin emploie 3 fois ce mot en moins d’une heure face à moi sur le plateau de France 3 le soir du 1er tour des législatives), des membres de l’extrême-gauche ou de l’utra-gauche, après avoir été des « khmers verts » et je ne sais quels apôtres de dictateurs cubains ou nord-coréens.

La nouveauté, depuis l’été dernier et l’assassinat de Nahel, c’est l’existence d’un pseudo champ républicain – dont, bien sûr, toutes celles et ceux qui osent déplorer le fait que des policiers, parfois, tuent, sortent instantanément. Nous, élu.es du groupe En commun pour Belfort, l’avons entendu en séance en juillet dernier, et l’accusation revient par écrit dans la tribune de la majorité municipale dans le dernier numéro du Belfort Mag.

Allons bon. Le champ républicain, ce n’est donc plus le regroupement de celles et ceux qui luttent pour les valeurs prônées par notre belle devise : Liberté, égalité, fraternité ? Il faut croire que non, car alors que nous, élu.es écologistes et de gauche, en sortons, aux yeux de celles et ceux qui surtout veulent que rien ne change, les élu.es du Rassemblement national y entrent. Il n’y en a pas fort heureusement à Belfort, mais on voit bien à l’Assemblée par exemple à quel point ils ont réussi à se refaire une respectabilité – comme rempart contre l’antisémitisme actuellement, on pourrait en rire si ce n’était pas aussi abject. Or c’est peu de dire que les élu.es du RN ne luttent pas pour l’égalité, eux dont le parti a été fondé par d’anciens SS et membres de la milice, et dont le fond de commerce est justement de prôner l’inégalité entre les populations et de justifier certaines discriminations.

Qu’est-ce alors que ce fameux champ républicain ? Une fois de plus, un écran de fumée, un mot fourre-tout bien pratique puisqu’il est largement repris par les médias, qui permet de ne surtout pas trop réfléchir mais qui sonne suffisamment sérieux pour salir celles et ceux qui sont accusé.es d’en sortir. La formulation renvoie d’ailleurs au « barrage républicain », cet implicite qui voulait que face à un candidat de l’extrême droite, gauche et droite républicaine fassent front commun. Ce « barrage républicain » qui a permis à E. Macron d’être élu président de la République deux fois, notamment. Or cette notion n’a plus d’existence réelle : on l’a vu lors des élections législatives, alors que la gauche est prête à voter à droite en cas de péril extrémiste, la réciproque n’est plus vraie. Les digues sautent, le discours d’extrême droite irrigue maintenant largement le champ politique et beaucoup ont bien compris qu’il suffisait d’agiter la peur dans la population pour arriver à leurs fins et tenter de discréditer leurs principaux adversaires politiques. « Sortir du champ républicain », cela peut faire peur en effet. Nous serions donc pour le « chaos » ??? Je ne reviens pas sur l’accusation idiote d’être « contre la police », nous qui avons défendu dans notre programme en 2020 la remise en place d’une police de proximité et qui réclamons plus de moyens pour la police nationale. 

Mais non, le champ républicain ne peut être un arc qui va du centre à l’extrême-droite. Ça, c’est l’arc réactionnaire, l’arc bourgeois diront certains, l’arc qui ne tolère le changement que quand il se fait au bénéfice des plus riches – je vous renvoie à l’excellent dessin de Fred Sochard, le 4 novembre dernier :

Je reste convaincue que notre boussole doit être la lutte contre le dérèglement climatique, la justice sociale et la démocratie, valeurs bien peu portées par ce côté-là du monde politique.

Ma République, c’est celle de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Cest celle de l’école gratuite, laïque et obligatoire. Celle du droit de grève, de la liberté d’association e de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Celle qui donne, au fur et à mesure du temps et des changements de la société, de nouveaux droits aux gens plutôt que de leur en retirer. Celle de la sécu, de l’assurance chômage, des aides au logement, des prestations familiales, la Sociale quoi. Celle qui refusait de prendre part au conflit irakien et portait des valeurs de paix et d’humanisme.

Je continue à penser que non, un jeune ne doit pas être assassiné car il a refusé d’obtempérer. Il y a des sanctions prévues pour ça. Non, personne ne doit être traité différemment puisqu’il a la peau un peu foncée. Les règles sont les mêmes pour toutes et tous. Non, personne ne doit avoir des difficultés à trouver un travail, un logement parce que son nom semble avoir des consonances étrangères. Nous sommes un Etat de droit. La République, ce sont des valeurs et des principes qui nous permettent de vivre ensemble, mais surtout des actes qui doivent montrer à chacune et chacun que ses droits les plus élémentaires sont respectés. Or la République, c’est souvent ceux qui en parlent le plus qui la font vivre le moins.